Puisque Laurent s'est expliqué sur ses motivations, à moi d'essayer d'en faire de même...
Jusqu'à présent, les sujets communs avaient toujours été élaborés à deux, avec notamment le choix final donné à l'appréciation de l'autre, et retravaillés dans un but d'homogénéité du rendu.
Cette fois-ci, les règles du jeu ont changé : nous avions décidé, pour cette nouvelle sortie photographique, d'utiliser chacun un matériel différent (de son choix, et de bonne qualité - le sténopé était proscrit), de photographier les mêmes lieux sans se soucier de ce que l'autre photographiait (sans se copier l'un l'autre, en quelque sorte), de développer, scanner, choisir et finalement poster les photos indépendamment l'un de l'autre.
Le résultat est amusant, encore une fois.
Car si nous connaissons l'un et l'autre cette vallée depuis de nombreuses années, pour l'avoir montée et descendue des dizaines de fois, le point de vue que nous avons adopté est très différent - au moins pour la plupart des photos réalisées.
Certes, du fait de la focale de l'Hasselblad (80 mm, seul objectif, actuellement, de notre petit cube), les plans que j'ai faits sont plus resserrés. Mais j'aurais pu choisir de partir avec un boîtier reflex avec un 35 voire un 24 mm, pourquoi pas. Non, j'ai préféré garder le 80 mm de l'Hasselblad (équivalent 50 mm en 24*36), ainsi que le format carré, avec lequel je me sens bien.
De parti pris, je voulais davantage montrer le caractère encaissé de cette vallée, sans inclure forcément le ciel (ou alors tout en haut de l'image), en m'arrêtant sur des détails parfaitement anodins, et montrer la tristesse du lieu.
Et contrairement à Laurent, je me suis moins contrainte, et me suis laissée aller à mes vieilles habitudes, et à des artifices photographiques faciles (graphismes, flous d'arrière plan, etc).
Du coup, nos deux séries sont très différentes, ce que je trouve très plaisant.
C'est un jeu à renouveler !
Pour ce qui est de l'influence de Depardon dans cette série... Bien sûr, partant avec nos boîtiers, nous en avons parlé (pensant bien qu'on nous en ferait la remarque), tout en disant qu'on avait envie de photographier cette vallée depuis des années, même avant Depardon et sa France, pour tenter de montrer ces lieux de vie banals, moches, tristes, que l'on traverse le plus souvent sans regarder, pressés qu'on est d'arriver vers les sommets enneigés.
Mais je ne renie pas son influence, et même, si on arrivait à lui ressembler un peu, ça me plairait bien
