C'est là :
dans un quartier central d'une ville moyenne du Vaucluse.
En guise d'explication la plus simple possible :
depuis les années 1950, les commerçants abandonnent leurs habitations étroites de centre ville au-dessus des boutiques, pour faire construire une "villa" dans la campagne.
Comme les parcelles sont étroites (ici 3,50 m de largeur moyenne) et que l'escalier qui dessert les étages est en fond de commerce, ils abandonnent purement et simplement les étages, continuant parfois à utiliser le premier comme stock et éventuellement petit bureau ou atelier. Au-dessus, c'est la ruine qui s'installe petit à petit ; parfois, pour agrandir le commerce, l'escalier a purement et simplement été démoli, et certains commerçants n'ont plus mis les pieds dans leurs étages depuis plusieurs décennies.
Comme depuis une trentaine d'années le petit commerce vit une recomposition d'ampleur, dans laquelle d'une part le nombre de commerces des centres villes est diminué au moins par deux, et d'autre part, les commerces survivants souhaitent des emprises plus généreuses que celles qu'offraient ces petites parcelles d'origine médiévale, ce sont des rues entières qui se trouvent abandonnées parfois à plus de 80%.
Dans certaines villes, ces espaces abandonnés sont même loués par des marchands de sommeil peu scrupuleux, comme dans cet exemple photographié en 2006 : derrière la porte existant encore, une chambre habitée…
Leica M6 - Voigtländer 15mm - Fuji Press 1600
Ici, dans le secteur que j'étudie en ce moment, la Municipalité veille à ce que ce genre de chose n'arrive pas.
Il s'agit dans ce cas de faire une sorte de remembrement après acquisition des immeubles, pour créer, en réhabilitation, des commerces de surfaces plus adaptées aux besoins actuels en regroupant les petites emprises actuelles, et des cages d'escalier communes pour plusieurs parcelles, en vue d'aménagement de logements indépendants dans les étages.
Concrètement, la Ville, par l'intermédiaire d'un opérateur foncier public (groupe Caisse des Dépots et Consignations), achète les parcelles abandonnées, puis, sur la base d'études fines, opère une recomposition des propriétés, éventuellement en accord avec les propriétaires restant occupants qui peuvent tirer bénéfice de la restauration de leur quartier, pour revendre l'ensemble à un maître d'ouvrage qui réalisera l'opération, soit pour la commercialiser, soit pour la louer — à l'échelle de la ville, certaines opérations se font avec un opérateur de logement social, d'autres avec des promoteurs qui commercialiseront, pour répondre aux divers besoins d'une part, et pour être cohérent avec le marché par rapport au type de logements qui peuvent être réalisés.
L'étude sert bien entendu également à identifier les époques de construction, inventorier ce qui a de la valeur architecturale, soit pour comprendre la constitution du quartier (voir par exemple les intéressantes piles de pierre des photos [10]), soit pour tout simplement ne pas détruire des éléments intéressants susceptibles de donner plus de chaleur au projet futur.
Pour terminer sur une note optimiste : on devine à droite sur la photo ci-dessous, la partie en cours d'achèvement qui va bientôt revenir à la vie :
Leica R5 - 3,5/15 - Fuji Press 800